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Dernière mise à jour : 10.03.2026
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LEGISLATIVES

Publié le 24/06/2024 à 19:10 par papilacabane Tags : image sur afrique france place monde coup photo chez mode travail centre pari pouvoir livre

Elections législatives 2024 : Le RN est-il désormais inarrêtable ?
Jordan Bardella, lors de son discours de victoire aux &eacute;lections europ&eacute;ennes, dimanche soir, au Pavillon Chesnaie du Roy, au Parc floral de Paris.

Un « coup de poker » désigne communément une entreprise hasardeuse et inattendue, parfois fondée sur le bluff. On veut faire croire à son adversaire qu’on possède la combinaison la plus forte, qu’on peut ainsi renverser la table et gagner. Mais c’est aussi un pari risqué. Car si l’analyse du jeu est mauvaise, on peut tout aussi bien perdre et être obligé de quitter la table. En choisissant de dissoudre l’Assemblée nationale, c’est bien ce que tente de faire Emmanuel Macron.

Dimanche 9 juin, à peine les résultats des élections européennes annoncés, le président de la République a, en effet, choisi d’activer l’article 12 de la Constitution pour reprendre la main, après un score calamiteux pour sa majorité. Objectif affiché : faire barrage au Rassemblement national, qui n’a jamais connu un score aussi haut. Tandis que la liste Renaissance emmenée par la candidate Valérie Hayer atteint péniblement 14,6 % – contre 22,4 % en 2019 –, celle RN guidée par Jordan Bardella est arrivée en tête avec 31,4 % des voix, contre 23,3 % cinq ans plus tôt.

Des élections législatives auront donc lieu le 30 juin et 7 juillet prochains. Mais pour quels résultats ? Macron réussira-t-il à arrêter le RN dans son ascension ? Ou au contraire amènera-t-il le parti de Marine Le Pen au pouvoir plus vite que prévu ? Est-il un apprenti sorcier, un gamin en pleine hubris qui joue avec les outils institutionnels et fatigue le pays, comme le dénoncent ses adversaires, ou un stratège habile, courageux et gaulliste dans sa manière de faire, comme le vantent ses soutiens… et qui, de toute façon, n’avait pas le choix ? « La dissolution était inévitable à terme : Emmanuel Macron pouvait craindre à la rentrée une motion de censure au moment du vote du budget. Mais en convoquant des élections dans un délai aussi court, il nous fait sauter dans l’inconnu », analyse Arnaud Benedetti, professeur associé à Sorbonne Université et aux Hautes Études internationales et politiques, auteur d’Aux portes du pouvoir. RN, l’inéluctable victoire ? (Michel Lafon).

Valérie Hayer, tête de liste Renaissance, est arrivée en 2e  position, avec seulement 14,6 % des voix, talonnée par Raphaël Glucksmann et sa liste PS-Place publique (13,8 %)

• BLONDET ELIOT/ABACA

L’épreuve du réel

Une chose est sûre. Avec cette décision choc, le Président a pris tout le monde de court, y compris son propre camp – seule une poignée de conseillers étaient dans la confidence depuis un mois. En déclarant avoir confiance dans « la capacité du peuple français à faire le choix le plus juste pour lui-même », Emmanuel Macron renvoie la balle aux électeurs. Il les place devant ce qu’il pense être l’épreuve du réel. Il table sur l’aptitude des Français à douter de la crédibilité que pourrait avoir le RN à conduire le pays, alors qu’il n’a jamais été aux manettes, sauf à la tête d’exécutifs locaux, comme les mairies ou les conseils régionaux.

« Selon le Président, le bulletin en faveur des élections européennes serait un vote défouloir, celui pour les législatives, plus lourd de conséquences », estime un ancien poids lourd du PS. Un calcul qui n’est pas sans risque pour le politologue Jean-Yves Camus, codirecteur de l’Observatoire des radicalités politiques (ORAP) : « Car c’est ramener exclusivement la politique à une approche d’efficacité et oublier que derrière le vote s’expriment aussi des affects, des colères. On l’a vu lors du débat télé opposant Jordan Bardella et Gabriel Attal, qui a profité au premier malgré ses lacunes manifestes sur les dossiers. » Et qui dit qu’une grande partie des électeurs ne souhaitent pas aussi l’arrivée du RN aux affaires, sur le mode « on n’a jamais essayé » ou « levons l’hypothèque » ?

La mécanique des législatives

Mais Emmanuel Macron a plus d’un tour dans son sac. Dans son calcul visant une majorité à l’Assemblée, il s’appuie également sur la mécanique implacable des législatives. Contrairement aux européennes (élections à la proportionnelle), pour passer au second tour, il faut obtenir plus de 12,5 % du nombre des électeurs inscrits dans la circonscription et 25 % si le taux d’abstention est de 50 %. Pour la gauche, idéologiquement divisée, et la droite affaiblie, la barre est haute. Des alliances s’imposent si les partis d’opposition ne veulent pas disparaître. Mais avec qui et comment ? « La gauche, qui a affiché sa désunion aux européennes, aura-t-elle le temps suffisant pour négocier des accords ? », interroge Benjamin Morel, auteur de La France en miettes. Régionalismes, l’autre séparatisme(Cerf).

Et la Nupes est-elle encore possible, même sous une autre bannière comme celle du Front populaire appelé de ses vœux par le député François Ruffin ? Si l’ambition est affichée, si de premières réunions réunissant le PS, LFI, EELV et le PCF se sont tenues dès le lendemain du scrutin européen, difficile de dépasser les fractures apparues deux ans seulement après la précédente alliance.

Manifestation lundi 10 juin place de la République, à Paris, appelant à un rassemblement de la gauche sous la bannière d’un « front populaire ».

• DELPHINE LEFEBVRE / HANS LUCAS

D’autant que la liste PS-Place publique de Raphaël Glucksmann s’est hissée en troisième place aux européennes en grande partie parce qu’elle s’est clairement dissociée de LFI. Quant à rejoindre la macronie pour former un camp républicain, il y a plus d’un pas que le PS ne veut franchir.

Pour la droite, l’avenir est sombre. Si elle s’allie au RN, elle disparaît. Pour sauver leur siège, les plus modérés vont sans doute rejoindre les macronistes. Un choix qui réduira la taille déjà réduite des Républicains. La majorité présidentielle ne s’y trompe pas. Elle leur tend d’emblée la main : elle s’est engagée à ne pas présenter de concurrent face aux députés sortants, à condition qu’ils soient dans l’arc républicain. « Dans ses spéculations, le Président oublie que sa propre majorité est plus fragmentée et moins fiable qu’elle n’en a l’air », pointe pourtant Benjamin Morel. Et que lui-même suscite un rejet inégalé, fruit de sa pratique du pouvoir autoritariste et élitiste, de ses petites phrases perçues comme méprisantes, de ses lois sur les retraites, sur l’immigration, jugée par la gauche comme une concession faite à Marine Le Pen… La liste des griefs est longue.

• ABD RABBO AMMAR/ABC/ANDIA.FR

Pousser à la faute

Mais là encore, Emmanuel Macron pense pouvoir rafler la mise. Quand bien même la formation nationaliste parvient à élire au moins 289 députés, contre 88 aujourd’hui – ce qui lui permettrait de posséder la majorité absolue à l’Assemblée nationale –, le chef de l’État espère pousser à la faute Jordan Bardella, déjà annoncé par le RN comme son futur Premier ministre, ou l’entraver dans l’exercice gouvernemental. « L’Élysée aurait des atouts dans sa main pour gêner la mise en œuvre du programme de Marine Le Pen. Il pourrait signer des ordonnances, intervenir sur les nominations, saisir s’il le faut le Conseil d’État, le Conseil constitutionnel », rappelle Arnaud Benedetti.

Et il serait aidé par la haute administration. Si des préfets, des conseillers d’État, des anciens membres de cabinets ministériels réunis dans le groupe d’experts les Horaces mettent leur expertise au service d’une victoire éventuelle du RN en 2027, d’autres organiseront au contraire le refus. Emmanuel Macron pourrait alors endosser à bon compte le rôle de « résistant ». Un jeu néanmoins dangereux, qui plonge le pays dans la plus grande incertitude et l’entraîne vers des rives inconnues. Tout le paysage politique, construit depuis la Ve République, sera pulvérisé. Et l’opposition aura bien du mal à reprendre l’avantage.

Car c’est sans compter sur l’enracinement profond du vote RN. « La dynamique est très structurelle. Difficile de ne pas croire qu’elle ne va pas un jour déboucher sur une prise de pouvoir. Même si Emmanuel Macron réussit à obtenir une majorité, c’est un sursis », considère le professeur de sciences politiques à l’université de Lille Rémi Lefebvre. Les derniers résultats des élections européennes témoignent de cette vague inexorable. En plus de son socle populaire, le parti d’extrême droite continue de s’affirmer dans de nouveaux segments.

Lors de l’élection présidentielle, 40 % des employés et 54 % des ouvriers ont donné leur voix à la formation d’extrême droite, selon Ipsos. Les selfies et les vidéos sur TikTok de Jordan Bardella semblent avoir fonctionné auprès des jeunes : 32 % des 18-34 ans lui ont donné leur voix, estime de son côté Elabe. « On se reconnaît dans son parcours. Il est déterminé face à Gabriel Attal, il a su tenir tête », nous expliquait ainsi Maxime, 18 ans, originaire de Colombes (Hauts-de-Seine), quelques jours avant le scrutin.

Un phénomène tache d’huile

« Il y a un phénomène tache d’huile. Le RN arrive à s’étendre sans perdre son centre. Les électeurs plus modérés ont rejoint les radicaux historiques », constate le sociologue Félicien Faury, auteur de Des électeurs ordinaires. Enquête sur la normalisation de l’extrême droite(Seuil). Ce phénomène d’extension se retrouve aussi au niveau géographique. Aux traditionnels bastions du Nord-Est et Sud-Est, il faut désormais ajouter par exemple le Centre Bretagne, où les scores s’envolent au-delà de plus de 40 % dans certaines communes, le Lot-et-Garonne, où toutes les villes ont mis la liste de Bardella en tête et de nombreux territoires ruraux.

Philippe Ballard est l’un des 88 députés RN qui siègent à l’Assemblée nationale depuis 2022. L’ancien journaliste à LCI a été élu dans l’Oise, dans la circonscription de l’ancienne députée de la majorité Agnès Thil. Un territoire étiré en longueur, avec ses départementales qui coupent les champs de céréales et les fermes d’élevage de volailles. « Quand je ne roule pas en voiture, je passe mon temps à faire des permanences itinérantes pour parler des incivilités, de la disparition des services publics. Ici c’est la toundra médicale », tonne-t-il. Le soir du 9 juin, le RN y a récolté 43 % des voix. Dans la commune de Hermes, le score est monté à 62 %, l’un des plus élevés de France.

« Grand renoncement »

Autre fait majeur : l’envie de Le Pen commence à gagner les CSP+. Selon Ipsos, il arrive en tête chez les cadres (20 %), à égalité avec le PS, et loin devant Renaissance (15 %). Et du côté des élites, à lire le livre les Naufrageurs. Comment ils ont tué la politique (Robert Laffont) de la journaliste Nathalie Schuck, « le grand renoncement fait son œuvre ». Jusqu’aux élections, il était possible d’entendre dans les sphères du pouvoir : « C’est donc plié, il faut se préparer. » « Ce n’est pas le fascisme à nos portes », aurait confié à Nathalie Schuck un ancien ministre de Jacques Chirac, qui, en 2002, avait refusé de débattre avec Jean-Marie Le Pen…

Comment en est-on arrivé là ? Si Emmanuel Macron devra rendre des comptes, la gauche porte aussi une lourde responsabilité. Dans son dernier essai, la Parabole des aveugles. Marine Le Pen aux portes de l’Élysée (Grasset), Aquilino Morelle, ancien conseiller de François Hollande à l’Élysée, est sans pitié : « La gauche refuse de comprendre les raisons de la montée du Front national. Elle crie au fascisme, alors que c’est sa dérive fédéraliste, la désindustrialisation de la France et une immigration de peuplement sans possibilité d’en débattre qui en sont les causes. »

Marine Le Pen, lundi 10 juin, devant le quartier général du RN.

• REUTERS/GONZALO FUENTES

La gauche et les classes populaires

Tout a commencé pour Morelle à Dreux (Eure-et-Loir), en 1983. Un « ébranlement inaugural » qui, selon lui, fut en réalité la naissance de toute la droite populiste en Europe. Le Front national réussissait une première percée avec 16,7 % des votes à l’occasion d’une élection municipale partielle dans cette petite ville dirigée par la gauche, rongée par le chômage et avec un fort taux d’immigrés pauvres. C’est ce dernier détail qui avait donné à Jean-Pierre Stirbois, le numéro 2, son argument électoral : il y a trop d’immigrés !

À la défaite de la gauche dans la captation des classes populaires s’ajoute une stratégie gagnante menée par Marine Le Pen depuis sa reprise du parti en 2011. « Le marinisme est l’autre nom de la dédiabolisation », fait remarquer Arnaud Benedetti. Aux manettes, la nouvelle présidente ravale la façade. Elle rompt avec les ambiguïtés du père sur la Seconde Guerre mondiale. Jean-Marie Le Pen sera exclu du parti en 2018 avec fracas. La même année, le parti change de nom pour devenir le Rassemblement national, effaçant ainsi la rhétorique guerrière rattachée au « Front ».

Un national-populisme pragmatique et social

Surfant sur la crise économique, la colère et les désillusions qui animent les « perdants de la mondialisation », Marine Le Pen s’attelle à transformer le socle idéologique nationaliste en un national-populisme pragmatique et social, au risque de devenir une formation attrape-tout. Le départ du souverainiste Florian Philippot en 2017 marque une deuxième étape dans la refonte du logiciel. Désormais, il ne s’agit plus de vouloir sortir de l’Europe, ni même de la zone euro, mais de changer l’Union européenne de l’intérieur en y promouvant une « Europe des nations ».

Le RN défend autant les salariés que « la réduction des charges patronales », se dit « vertueux » sur la gestion des comptes mais « follement dépensier » dans ses promesses, pointe Nathalie Schuck. Des grands écarts qui n’empêchent pas l’adhésion : « Le problème n’est pas tant la pauvreté que le sujet des inégalités, précise Félicien Faury. C’est un vote du milieu : les électeurs du RN ont le sentiment d’être pris en tenaille entre un monde en haut qui s’éloigne de plus en plus et une pauvreté qui les rattrape. Ils se sentent méritants, ils ont acquis un petit capital et ont peur de le perdre. » Immigration, pouvoir d’achat, sécurité, dégradation des services publics deviennent les thématiques phares, tout en se nourrissant les unes les autres.

« C’est un package, poursuit Félicien Faury. Croire que le narratif social s’écrirait sans la question identitaire est faux : le racisme structure les opinions, par exemple sur la manière dont l’économie devrait fonctionner, y compris dans ses mécanismes de redistribution. » C’est à cette aune qu’il faut comprendre le concept de priorité nationale défendu par le RN.

Un ravalement de façade

Avec les élections législatives, la marche vers le pouvoir s’accélère. « Cela change tout dans les perceptions, dans l’institutionnalisation du RN, analyse Arnaud Benedetti. Les 88 députés s’adaptent vite aux codes de l’Assemblée nationale. » Rassurer, ne pas faire de vague, jouer les premiers de la classe, la « stratégie de la cravate » fonctionne à plein par effet de contraste avec les éruptions de La France insoumise. Parfois, le masque de respectabilité tombe : c’est le « Qu’il retourne en Afrique » lancé par Grégoire de Fournas en plein Hémicycle, ou le « racaille » jeté deux fois par Laurent Jacobelli au député Renaissance Belkhir Belhaddad.

Enfin, la défense inconditionnelle de l’État d’Israël lors du massacre du 7 octobre est l’un des derniers coups de maître. Même Serge Klarsfeld a salué la participation du RN à la marche contre l’antisémitisme de novembre dernier, faisant du parti l’un des défenseurs des Juifs de France. La photo a tout de même été écornée par la sortie de route de Jordan Bardella, qui, avant de se raviser, a assuré ne pas croire que « Jean-Marie Le Pen était antisémite ». Mais l’effet négatif a été de courte durée. Rémi Lefebvre de soupirer : « Tout passe, on ne voit pas ce qui peut arrêter sa montée. » Sauf à s’attaquer aux causes profondes du vote RN. Un travail de très longue haleine. Et qui, certainement, ne se fera pas en trois semaines. Encore moins sous l’effet d’un coup de poker.