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BRUTALISATION DE LA SOCIETE ISRAELIENNE

Publié le 24/10/2025 à 14:34 par papilacabane Tags : sur animaux couples soi presse chez société histoire création femmes cadre

« La guerre a durci les cœurs et les âmes » : après deux ans de conflit, la société israélienne gagnée par la brutalité
Des Israéliens observent les frappes sur Gaza depuis Sderot, le 21 juillet 2025. Depuis le début du conflit il y a deux ans, l’ensemble de la société israélienne est touchée par sa violence. ABIR SULTAN / EPA/MAX PPP

Si la presse israélienne en a parlé comme d’un morceau qui « capture l’indignation légitime ressentie par la jeunesse israélienne après le 7-Octobre »et « résume un sentiment de fureur vertueuse », des chercheurs s’inquiètent de cette banalisation de la violence dans la pop culture. « Ce genre de chanson n’aurait pas pu être légitimée en Israël il y a deux ans, estime Assaf Bondy, sociologue israélien. La société israélienne a profondément changé» Avec l’historien Adam Raz, il est l’auteur d’un Lexique de la brutalité(2025, en hébreu), qui s’intéresse à l’évolution du langage : « Les mots ont perdu leur poids moral. C’est un processus lent qui remonte au moins à la Nakba de 1948»

« Brutalisation du langage »

« Pas d’innocents à Gaza », « zone de destruction », « menace existentielle », « victoire totale », « raser Gaza », « Amalek », « animaux humains »… Les chercheurs ont compilé 150 expressions les plus fréquemment utilisées par les Israéliens quand ils parlent de la guerre : « La plupart des Israéliens ne font pas la guerre, mais ils en sont complices par les mots qu’ils choisissent d’utiliser,expose Assaf Bondy. Nos dirigeants ont eu un rôle central dans la brutalisation du langage. Dès le soir du 7-Octobre, Benyamin Netanyahou a lancé qu’il allait “transformer Gaza en ruines”. Dès le début, les dirigeants ont exactement dit ce qu’ils allaient faire, et l’ont fait, ouvrant les portes de la haine discursive qui s’est ensuite emparée de la société israélienne. Ce discours est une cage pour les Israéliens. »

Cette idée que les guerres ont un impact sur les sociétés remonte à une trentaine d’années. En 1990, l’historien George Mosse développe le concept de « brutalisation » (1) pour expliquer comment la Première Guerre mondiale a « normalisé la violence », la faisant pénétrer dans la culture, la politique et les mentalités, jusqu’à l’émergence du fascisme et du nazisme. Critiquée pour son approche trop généralisante, sa thèse a toutefois ouvert la voie à une histoire culturelle de la guerre et posé les bases de dynamiques toujours actuelles.

« Les guerres et les colonisations sont toujours sales. Elles ont toujours abimé les sociétés qui les conduisent,analyse Uriel Abulof, professeur de sciences politiques à l’université de Tel-Aviv et spécialiste de la violence. En Israël, la guerre a durci les cœurs et les âmes. C’est en partie dû à la création d’un dilemme par Benyamin Netanyahou : sauver les otages ou éradiquer le Hamas. Soutenir les otages et la fin de la guerre, c’est choisir la faiblesse. À l’inverse, le manque d’empathie est perçu comme une démonstration de force» Le professeur nuance cependant : « Il n’est pas absurde d’affirmer que, dans certaines circonstances, il faut faire preuve de brutalité pour lutter contre l’horreur. »

Armement de la société

La thèse de George Mosse aborde largement l’héroïsation des soldats morts aux combats et les impacts de la guerre sur les vétérans, comme vecteurs de violence dans la société. Des problématiques auxquelles fait aujourd’hui face l’État hébreu. Environ 12 % des soldats de réserve ayant participé à la guerre actuelle de Gaza ont déclaré, dans une enquête de l’université de Tel-Aviv publiée en août 2025, souffrir de graves symptômes de stress post-traumatique les rendant inaptes au service. Dans le même temps, la société s’arme. Entre fin 2022 et 2025, le nombre de titulaires de permis de port d’arme privée a presque doublé, passant de 155 000 à 335 000, selon les chiffres du ministère de la sécurité nationale, qui a assoupli les processus après le 7-Octobre.

Ces deux phénomènes font craindre une augmentation de la violence contre les femmes dans le cadre domestique. Une enquête du Réseau des femmes israéliennes publiée en novembre 2024 a conclu que « les taux de violence(étaient) alarmants chez les couples dont les deux partenaires ont servi dans l’armée : 30 % ont déclaré avoir subi des violences psychologiques et économiques, et 24 % ont déclaré avoir subi des violences physiques et sexuelles ». « Ces chiffres sont très inquiétants, analyse Daniela Shebar-Shapira, travailleuse sociale et professeure à l’université de Tel-Aviv. De manière générale, la guerre, parce qu’elle engendre incertitude, détresse et anxiété, peut exacerber la violence au sein du couple et de la famille. Mais cette guerre est spéciale. Elle glorifie la violence et l’agression, non seulement comme un acte permis, mais comme quelque chose dont nous semblons avoir besoin en tant que société. Bien sûr, les soldats doivent se battre et nous protéger, mais ce discours influence fortement notre conception du degré de violence permise, voire souhaitable. »

En Cisjordanie occupée, cette violence est décomplexée. Jamais les colons israéliens n’ont autant tué de Palestiniens : 33 sont morts sous leurs balles depuis le 7-Octobre, selon un décompte daté du 5 octobre du Comité de résistance au mur et à la colonisation, qui dépend de l’Autorité palestinienne. Ce même récapitulatif a comptabilisé près de 767 incendies sur des propriétés et des champs appartenant à des Palestiniens. À Gaza, certains soldats continuent de se filmer en train de joyeusement détruire maisons et quartiers. « Plus que la brutalisation, c’est la déshumanisation qui est à l’œuvre dans nos sociétés,estime Uriel Abulof. Déshumanisation de l’autre, mais aussi déshumanisation de soi. Car pour être si brutal envers l’autre, il ne faut plus vraiment être humain soi-même. »

(1)Fallen Soldiers: Reshaping the Memory of the World Wars (« Les Soldats tombés au combat. Redéfinir la mémoire des guerres mondiales »), Oxford University Press, New York, 1990.