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Date de création : 30.11.2013
Dernière mise à jour : 19.02.2026
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NOTREDENIDEGUERRE

Publié le 19/02/2026 à 14:49 par papilacabane Tags : sur monde article mort histoire texte

« Notre déni de guerre » de Stéphane Audoin-Rouzeau : l’Europe rattrapée par le fantôme du conflit

Critique

Article réservé à nos abonnés. Un soldat ukrainien à Marioupol (Ukraine), lors du siège de la ville en mars 2022.

Un soldat ukrainien à Marioupol (Ukraine), lors du siège de la ville en mars 2022. Mstyslav Chernov / AP

Dans un essai percutant, Stéphane Audoin-Rouzeau, spécialiste du fait guerrier, nous alerte sur la disposition des Européens à ne pas voir le retour de la guerre dans leur horizon.

« Avec la guerre en Ukraine, l’actualité a ramené devant nos yeux, jour après jour, les réalités de la “vraie guerre” : une guerre interétatique dite de “haute intensité” se déroulant sur le sol européen lui-même. Un conflit majeur qui, depuis plus de trois ans, nous force à réévaluer notre propre rapport à la guerre », relève l’historien du fait guerrier, Stéphane Audoin-Rouzeau, dans son dernier texte bref, percutant et salutaire.

Le problème, alerte l’auteur pour que nous en prenions conscience, est que nous aurions peine à le faire. Parce que le pacifisme qui nous structure (les Européens seraient « gâtés par la paix », pointe l’auteur), ferait écran avec la réalité, nous empêchant de voir le retour du fait guerrier dans notre monde et dans notre horizon.

Le retour de la guerre, un angle mort de la conscience européenne

Pour le montrer, Stéphane Audoin-Rouzeau dresse la généalogie de notre aveuglement. Avec la fin de l’URSS, l’auteur rappelle que les Européens avaient cru se débarrasser définitivement de la guerre sur leur sol, la reléguant dans les affres de l’histoire. Et, pourrait-on ajouter, au-delà de leurs frontières. Les Européens étaient parvenus à « tuer la guerre », réalisant une espérance qui traverse leur histoire. Du millénarisme chrétien au siècle des Lumières, du pacifisme au XIXe siècle à celui de l’entre-deux-guerres, et à celui d’après la Seconde Guerre mondiale, le désir d’abolir la guerre n’est pas neuf. L’espoir d’y parvenir, non plus. C’est dans cette perspective, souligne l’historien, que l’Union européenne s’est construite et pense son rapport au monde.

En conséquence, ayant désappris ce qu’était le fait guerrier, l’éventualité de son retour est un angle mort de la conscience européenne. De cette inculture procéderait une erreur capitale, pointe Stéphane Audoin-Rouzeau : « comme tous les pacifistes, nous avons cru que c’était nous qui désignions l’ennemi. Et que donc, si nous ne désignions aucun ennemi en Europe, nulle action de guerre n’était susceptible de nous menacer. Nous avons simplement oublié que l’ennemi peut nous désigner et même en l’occurrence, un ennemi nous désigne. »

L’effacement de la culture guerrière en Europe

Cette indisposition de l’esprit n’a cessé de conduire les Européens à se tromper sur ce qui se joue en Ukraine depuis 2014, date de l’annexion de la Crimée par Moscou, se perdant en fausses conjectures et en authentiques dénis. Stéphane Audoin-Rouzeau en dresse la liste. Ne pas avoir vu et cru que la Russie se préparait à envahir l’Ukraine, avoir cru que cette guerre serait courte, découvrir les atrocités de guerre. Et ce dernier et tragique déni : ne pas voir que les Ukrainiens ont probablement déjà perdu puisqu’« il ne semble pas qu’ils puissent désormais espérer renverser le cours de la guerre à leur avantage ».

Toutes ces erreurs s’expliquent par bien des raisons comme l’effacement de la culture guerrière en Europe. Mais, analyse pertinemment l’auteur, l’Europe a surtout commis une faute historique en croyant que l’effondrement de l’URSS, en 1991, signait la fin de l’impérialisme russe.

Les Européens, poursuit-il, n’ont pas su entendre l’avertissement de Raymond Aron qui dans Les Guerres en chaînes, écrivait en 1951 à propos de l’URSS : « Il importe cette fois d’abattre le monstre, sans qu’il puise dans le sang versé et dans la défaite même des forces nouvelles. » Le « monstre » a bien été battu en 1991. Mais « il ne suffit pas que le vainqueur ait proclamé sa victoire, il faut aussi que le vaincu ait reconnu sa défaite et en ait tiré toutes les conséquences. » Or, tout indique que l’État successeur de l’URSS disparue a puisé, trente années plus tard, des « forces nouvelles » pour abattre ceux qui s’opposent à sa volonté.

« Mettre les mots sur la chose »

À l’évidence, il en va de notre sécurité de s’en rendre compte. Il y a nécessité à le faire si nous ne voulons pas être emportés par l’histoire qui se fait. Et le meilleur moyen pour y parvenir, est de « mettre les mots sur la chose », ou du moins, d’interroger le moment que nous traversons, comme y parvient Stéphane Audoin-Rouzeau tout le long de ce texte éclairant et stimulant, permettant à son lecteur de réfléchir à son tour au sens de l’événement présent. Par exemple, cette question qu’il nous adresse à la fin de sa démonstration : « Et n’est-ce pas à une avant-guerre que nous nous voyons de plus en plus confrontés, nous qui pensions avoir enfin réalisé la parousie tant espérée par tous les pacifistes des deux siècles précédents ? »

Impensable avant le 24 février 2022, cette interrogation se pose désormais à nous dans toute sa crudité depuis l’invasion de l’Ukraine par la Russie. « En disant cela, l’auteur de ces lignes a bien conscience d’énoncer une hypothèse insupportable », admet Stéphane Audoin-Rouzeau. « Mais, ajoute-t-il, faire des sciences sociales consiste, avant toute chose, à tenter de regarder les choses en face. » Et à aider ses lecteurs à le faire aussi.

Notre déni de guerre