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Date de création : 30.11.2013
Dernière mise à jour : 13.03.2026
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AFGHANISTAN

Publié le 16/08/2022 à 08:54 par papilacabane Tags : musique prix sur vie moi place monde presse photo chez homme fond sur fond femme photos travail maison mort femmes enfant pouvoir film

« Je me sens comme en prison » : en Afghanistan, survivre à l’ère des talibans

« Je me sens comme en prison » : en Afghanistan, survivre à l’ère des talibans

 

Sur cette photo prise le 20 juillet 2022, une femme portant une burqa traditionnelle et portant un enfant se promène dans un marché à Kaboul. DANIEL LEAL/AFP

 

Quand il se regarde dans la glace, Massiullah Sanehy (1) a du mal à reconnaître le jeune père de famille qui, il y a un an encore, ressemblait à n’importe quel homme d’affaires européen. Terminé la cravate, oublié les pantalons ou les jeans serrés. Place au salwar kameez, la robe traditionnelle afghane.

Autre signe d’un changement d’époque, ses joues sont recouvertes d’une barbe qu’il laisse prudemment pousser. Tel est le prix à payer si ce salarié d’une ONG veut éviter des ennuis sur la route du bureau, lorsqu’il tombe sur les groupes de Monde/talibans-mouvement-islamiste" target="_self">talibans qui contrôlent Kaboul depuis le 15 août 2021.

Sous la poigne des fondamentalistes, la capitale n’est plus la bulle grouillante qui vivait à l’heure internationale. La ville aux 4,5 millions d’habitants a pris des airs de province, avec ses hommes en turban, ses femmes qui disparaissent derrière la burqa, ses restaurants fermés, son trafic en diminution, ses commerces qui vivotent faute de clientèle. « J’ai l’impression d’être devenu un étranger dans ma propre ville », constate Massiullah Sanehy qui regarde inquiet, mois après mois, la liste des interdictions s’allonger.

Le temps de la clandestinité et des fêtes secrètes

Dans sa famille, les pique-niques du vendredi ont cessé depuis qu’un arrêté a réservé les parcs aux hommes pour ce jour de congé. Il ne va pas davantage au café, où les talibans font la chasse aux jeunes. Il pourrait multiplier ainsi les anecdotes. Dimanche dernier, il était invité à un mariage. Au bout d’une heure, la musique a été interrompue, de peur d’attirer une patrouille du ministère de la promotion de la vertu et de la prévention du vice. « Dire qu’il y a un an, on pouvait encore célébrer les mariages sans séparer les hommes et les femmes », soupire-t-il.

À Kaboul, la musique n’est pas interdite du moment qu’elle reste cantonnée dans la sphère privée et familiale. Les musiciens ne sortent plus leurs instruments dans la rue : la vie culturelle et artistique a été réduite à néant dès le retour des mollahs.

« Malgré leurs promesses, les talibans veulent nous imposer leurs mœurs », résume le peintre Behrang Ati. Son cercle d’amis résiste à sa façon aux interdictions en organisant des soirées privées dans lesquelles les femmes sont les bienvenues. C’est le temps de la clandestinité, celui des fêtes secrètes et des écoles cachées pour les filles où l’on se rend le ventre noué.

« Je me sens comme en prison »

Comme tant de ses camarades, l’artiste empruntera bientôt la route de l’exil, malgré le prix du visa pour le Monde/Asie-et-Oceanie/Pakistan" target="_self">Pakistan qui flirte avec les 2 000 €. Pourquoi rester ? Qui a besoin de tableaux à l’ère des mollahs ? Sa galerie de Herat (ouest du pays) a dû fermer. Ses commandes se sont effondrées. Sans l’aide de ses frères, il ne mangerait plus. « Autour de moi, beaucoup de gens se contentent du pain trempé dans du thé », témoigne-t-il. Plus de la moitié de la population souffre de la faim aujourd’hui, d’après les Monde/organisation-nations-unies-onu" target="_self">Nations unies.

Prestataires des agences de développement, sous-traitants des ONG, entreprises de logistique, PME : des pans entiers de l’activité économique ont sombré. Secteur longtemps florissant, l’univers des médias a perdu 60 % de ses effectifs. Ishan Safi a ainsi été licencié à l’automne de la radio The Killid Group à Jalalabad (est du pays) avec sept de ses dix collègues. Dès lors, toutes ses démarches pour trouver du travail sont restées vaines. « Nous vivons un temps très difficile», glisse-t-il en esquivant les questions sur les nouveaux maîtres du pays.

Comment s’adapter en temps de crise ? Le réalisateur Samim Rad a quitté Kaboul pour ouvrir un salon de coiffure dans une bourgade près de Ghazni. À la fin de sa journée, il lui reste 50 afghanis (0,50 €) dans la caisse, de quoi acheter du pain en ces temps d’inflation à deux chiffres. Afin de compléter ses maigres revenus, il vend aussi des cartes SIM et guette l’argent de son frère installé en Iran. Son potager, en revanche, ne lui est plus d’aucune utilité. « Nous connaissons une sécheresse exceptionnelle », soupire-t-il.

Le soir venu, Samim Rad évite les sorties. « Je me sens comme en prison », résume-t-il. Dès qu’il franchit le pas de la porte, il glisse dans sa poche un téléphone bas de gamme vidé de tous ses contacts, des photos et des vidéos. Son vrai smartphone, qui contient le numéro de sa petite amie, ne quitte jamais la maison. Une pratique courante en Monde/Moyen-Orient/En-Afghanistan-guerre-sans-fin" target="_self">Afghanistan. « Ici, il y a beaucoup de supporteurs des talibans qui n’hésitent pas à dénoncer ceux qui ne respectent pas les règles,note-t-il. J’ai davantage peur des collabos que des talibans eux-mêmes. »

Coupes franches dans les salaires des fonctionnaires

Un dixième de ses revenus est prélevé par l’administration talibane et, à l’entendre, elle n’oublie jamais de le faire. Une enquête récente du groupe d’étude britannique Alcis Geo note ainsi une amélioration des prélèvements et des taxes, ainsi qu’une diminution de la corruption sous le régime actuel, qui a permis de « sauver » 1,36 milliard d’euros au cours de l’année écoulée. La somme reste néanmoins largement insuffisante pour assurer le bon fonctionnement de l’État. Amputé des trois quarts par l’arrêt de l’aide internationale, le budget annuel a été limité à 2,5 milliards d’euros.

Les fondamentalistes ont maintenu l’ossature et les effectifs de l’administration précédente, à l’exception des cadres de la sécurité et de l’armée, mais ont dû opérer des coupes franches dans les salaires. Celui du professeur Ramzan Habibullah a ainsi été divisé par neuf. «D’autres fonctionnaires se plaignent de retards de revenus, confie-t-il. Au point que des anciens soldats talibans quittent l’armée tant la paie est maigre. » Plutôt optimiste, ce fonctionnaire estime que le pouvoir finira par laisser les filles retourner au collège et au lycée, une mesure ajournée brutalement en mars dernier.

Les pro-talibans insistent sur la nette diminution de la violence contre les civils en Afghanistan depuis le retour des fondamentalistes, une réalité attestée par le dernier rapport de la mission des Nations unies. Les adversaires du nouveau régime, que ce soit les militants locaux de Daech, qui continuent de commettre des attentats, ou le discret front de résistance armée d’Ahmad Massoud, le fils du célèbre commandant Massoud, ne semblent pas en mesure de modifier le rapport de force.

« Pour moi, la sécurité n’a pas vraiment augmenté », relativise pourtant Freshta Safi. Auparavant, cette femme diplômée de la classe moyenne afghane évitait les endroits dangereux dans Kaboul. Désormais, ils sont partout autour d’elle, menaçant de franchir les portes de son atelier clandestin de films artistiques. À l’intérieur, des tissus noirs posés sur les fenêtres masquent la lumière du jour. Sous un éclairage tamisé, une poignée de femmes y dessinent les planches d’un film animé, feuille après feuille, sans ordinateur. Freshta Safi assène : « Je ne peux pas accepter la loi des talibans. »

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Un an de régime taliban en Afghanistan

La prise de pouvoir. Le 15 août 2021, les talibans investissent le palais présidentiel de Kaboul à l’issue d’une offensive fulgurante entamée en mai à la faveur du début du retrait des forces américaines et de l’Otan de l’Afghanistan. Le président Ashraf Ghani fuit à l’étranger.

Un gouvernement non inclusif. Les 7 et 8 septembre est nommé un gouvernement largement trusté par des responsables historiques du mouvement qui avait pris le pouvoir de 1996 à 2001. Il n’y a aucune femme ministre.

L’exclusion des femmes. Le 23 mars 2022, les talibans interdisent aux filles d’aller au lycée et au collège, quelques heures à peine après la réouverture des établissements pourtant annoncée de longue date.

Sécheresse et séisme. Le 22 juin, un tremblement de terre fait au moins un millier de morts dans le sud-est du pays, une région déjà frappée par une grave sécheresse, sur fond de pauvreté généralisée.

Talibans : une communauté internationale attentiste et prudente

Talibans : une communauté internationale attentiste et prudente

 

Le ministre afghan de la gestion des catastrophes naturelles et des affaires humanitaires, Ghulam Ghaws Naseri (à gauche), et l’ambassadeur de Chine en Aghfanistan, Wang Yu, lors d’une conférence de presse commune à Kaboul, le 5 juillet 2022. WAKIL KOHSAR/AFP

 

Loin des caméras, les incidents se multiplient aux confins du Pakistan et de l’Afghanistan depuis le retour des talibans au pouvoir. Dernier en date, le 8 août : les soldats des deux pays ont échangé des tirs de mitrailleuses et de mortiers sur un poste frontière de la ligne Durand, la limite géographique tracée par les Britanniques au XIXe siècle.

Des combattants afghans s’en sont pris à la clôture qu’érige leur voisin pour sécuriser sa frontière sur 2 000 km. « Le gouvernement taliban a, par ses récentes déclarations, remis en cause la ligne Durand qui a toujours fait l’objet de contestation chez les Pachtounes vivant des deux côtés de la frontière »,rappelle Georges Lefeuvre, chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques (Iris).

Moins d’un an pour se brouiller

Hébergés et soutenus par le Pakistan pendant deux décennies, les talibans auront donc mis moins d’un an pour se brouiller avec leur parrain. Celui-ci leur reproche notamment d’abriter les talibans pakistanais du TTP, un groupe djihadiste qui défend l’instauration d’un État islamique au Pakistan sur le modèle de l’Afghanistan.

Le 16 avril, l’armée pakistanaise n’a pas hésité à bombarder quatre villages afghans qui hébergeaient des combattants du TTP, provoquant la mort d’une cinquantaine de civils aux dires des autorités de Kaboul. « Islamabad voit l’aide qu’elle a apporté à la rébellion lui revenir comme un boomerang, car le TTP a repris de la vigueur au cours des derniers mois », ajoute Georges Lefeuvre.

La reconnaissance comme levier de négociation

À l’instar du Pakistan, tous les voisins de l’Afghanistan jugent le nouveau pouvoir sur sa capacité à instaurer une administration efficace, à ramener la paix et à interdire le territoire aux groupes armés, une étape indispensable vers une légitimation du régime après laquelle il court. « La plupart des pays de la région veulent utiliser la reconnaissance des talibans comme un levier de négociation, observe Ibraheem Bahiss, analyste auprès de l’organisation International Crisis Group. L’Iran et la Russie ont répété à plusieurs reprises l’importance d’un gouvernement inclusif.D’autres comme la Chine et l’Ouzbékistan sont plus intéressés par les questions de sécurité ou d’accès aux ressources économiques en échange d’une acceptation officielle. »

Lors de leur premier passage au pouvoir, de 1996 à 2001, les fondamentalistes avaient été reconnus par seulement trois pays : l’Arabie saoudite, le Pakistan et les Émirats arabes unis. Cette fois, aucune nation n’a franchi le Rubicon, même si de nombreux États disposent d’un ambassadeur dans la capitale afghane, cultivent des relations diplomatiques au niveau des ministres et parlent de relancer leurs échanges commerciaux. Cette reconnaissance de facto concerne une quarantaine de pays, notamment en Asie centrale et au Moyen-Orient.

À l’ONU, le siège de l’Afghanistan demeure gelé

Outre le Qatar, qui sert d’intermédiaire entre les Américains et Kaboul, le gouvernement turc a tissé des liens étroits avec les mollahs dont les représentants ont été invités dans des forums économiques. Des ONG turques de premier plan soutiennent en sus des programmes humanitaires la construction d’écoles turco-afghanes. Enfin, dès le 13 mars, le ministre turc des affaires étrangères a plaidé en faveur de l’acceptation des talibans par les Nations unies, où le siège de l’Afghanistan demeure gelé provisoirement. « Mais aucun pays ne semble vouloir prendre seul la décision de reconnaître les talibans », note Ibraheem Bahiss.

Pour les Américains, fer de lance du blocage à l’ONU, la légitimation du régime des mollahs, voire la simple levée d’une partie des sanctions, reste conditionnée à l’accès des femmes à l’éducation ainsi qu’à la lutte contre les groupes armés qui se terrent sur le sol afghan.

Or, l’exécution du numéro un d’Al-Qaida, l’Égyptien Ayman Al Zawahiri, tué par un missile américain début août au cœur de Kaboul, a démontré la persistance des liens entre les disciples du défunt mollah Omar et les successeurs d’Oussama Ben Laden. « Le problème de l’impasse actuelle, c’est que tout un peuple est pris en otage, observe Georges Lefeuvre. Et si les talibans échouent,il n’y a pas d’alternatives qui se dessinent derrière. »

Un État coupé du système financier international Le budget a été divisé par trois depuis que l’Afghanistan ne reçoit plus d’aide de l'étranger et subit un gel des avoirs de sa banque centrale. Pour se financer, le régime compte essentiellement sur les taxes aux frontières.

Depuis un an, l’Afghanistan a fait face à une série de chocs, plongeant le pays dans une situation économique dramatique. L’arrêt des aides occidentales et la chute de la monnaie ont fait monter les prix des biens de première nécessité. Ils ont augmenté de plus de 30 % depuis août 2021, selon la Banque mondiale. Le prix du pain a triplé en un an. Le revenu moyen par habitant a été divisé par deux et 70 % des ménages afghans ne peuvent plus subvenir à leurs besoins essentiels.

La vente de fillettes, promises au mariage par des familles pauvres pour éponger leurs dettes, a doublé depuis 2021. L’éviction des femmes des sphères professionnelles occasionnera un « coût d’un milliard de dollars par an », selon le financier Michel Santi. Pour l’instant, les tentatives des talibans pour enrayer la catastrophe sont limitées. Ils ont lancé un programme « Nourriture contre travail » qui offre du blé à 40 000 hommes au chômage en échange de travaux de construction.

Le retour des talibans au pouvoir a coupé le pays du système financier international. « Environ 9 milliards de dollars(8,81 milliards d’euros, NDLR) de réserves sont détenus en dehors de l’Afghanistan, dont 7 milliards aux États-Unis », explique Bernard Aw, économiste de Coface pour la zone Asie-Pacifique. Ces fonds ont été gelés. Les talibans négocient pour les récupérer mais en février, le président Biden a signé un décret annonçant le versement de la moitié de ces fonds aux victimes des attentats du 11 septembre.

S’ajoute l’arrêt des aides financières internationales et le budget de l’État qui a pratiquement été divisé par trois pour 2022 par rapport aux deux années précédentes. Le budget est alimenté pour moitié par les droits de douane, mais aussi par un système d’impôt islamique et de revenus issus des mines de charbon, « exporté quasi exclusivement vers le Pakistan et en croissance de 30 % en un an », souligne Michel Santi.

Dans ce contexte, l’Afghanistan ne peut se passer des revenus de la drogue : « La culture de pavot est toujours un des revenus principaux du régime taliban, qui taxe les exportations à 20 % en droit de douane », indique Michel Santi. L'État se finance aussi par des dons et des subventions de pays alliés ou de riches donateurs, arrivant en toute opacité.

Quant aux principales ONG et organisations internationales, elles ont timidement rouvert les vannes de l’aide. Début juin, le comité de gestion du Fonds spécial pour la reconstruction de l’Afghanistan (ARTF) a approuvé le transfert de 793 millions de dollars (777 millions d’euros). Les fonds seront utilisés « hors du contrôle de l’administration intérimaire talibane, par le biais d’agences des Nations unies et d’ONG », précise la Banque mondiale. Après la survenue du séisme fin juin 2022, différents pays comme l’Australie ou la Chine ont également annoncé des aides matérielles dans les mêmes conditions.