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dans nos députés beaucoup ne servent à rien ,qu il soit de droite d'extrême droite ou la bande à mélenchon
Par Anonyme, le 28.08.2025
le"systême" s'est mis en place il y a logtemps à sept-fonds. deux "jeunes"moines , vers les années 7o, s'étaie
Par Yon, le 21.07.2025
merci frère de votre courage à nous partager votre souffrance. je vous prends dans la prière.
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Par Anonyme, le 17.07.2025
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Par Anonyme, le 31.08.2024
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Par lutter-contre-coro, le 18.08.2024
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Date de création : 30.11.2013
Dernière mise à jour :
21.02.2026
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Série (1/9)Reportage
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Dans les rues de Soumy, au nord-est de l’Ukraine, le 13 janvier 2026. La ville porte les stigmates des frappes russes, incessantes depuis avril 2025. Virginie NGUYEN HOANG pour La Croix L’Hebdo
Quatre ans après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le 24 février 2022, notre reporter a sillonné toute la ligne de front à la rencontre des Ukrainiens qui vivent la guerre de près. Un voyage de 1 300 km qui débute tout au nord de la ligne de front, à Soumy. La ville vit sous la menace permanente des drones et des missiles.
Arrivée la nuit tombée à Soumy, la capitale de la région la plus septentrionale du front, à la fin du mois de janvier. Rost, notre chauffeur et notre fixeur – notre guide dans le jargon des journalistes –, se gare dans la cour obscure de l’hôtel. Sirènes dans le ciel opaque, froid glacial, neige et verglas, chien qui aboie, pas d’électricité, pas d’eau chaude, pas de cuisine. Comme à Kiev, regrette Virginie, ma consœur photographe qui m’accompagne dans ce périple.
« Les Russes », s’excuse le gardien. Ils sont désormais à moins de 25 km. Ils ne cessent de frapper Soumy et sa région depuis le mois d’avril, l’infanterie se rapproche alors que cet oblast ne fait pas partie de ceux revendiqués par la Russie. Elle veut en faire une zone tampon pour empêcher une nouvelle percée ukrainienne, comme celle de l’été 2024 à Koursk. Nous allons nous coucher.
Le parcours de notre reporter (en bleu) en Ukraine, de Soumy, au nord, à Kherson, au sud, le long des 1 300 km de la ligne de front (carte arrêtée au 17 février). Paul Coulbois pour La Croix L’Hebdo
Pourquoi nous l’avons fait
Depuis quatre ans, la guerre entre l’Ukraine et la Russie nous accompagne. Tous les jours, nous lisons, nous entendons, nous voyons et nous écrivons des analyses, des reportages sur ce conflit majeur. Mais nous n’avons jamais encore raconté cette guerre en longeant toute la ligne de front, soit 1 300 km, de Soumy à Kherson. C’est ce que j’ai voulu faire, pour nous, qui regardons ce conflit de loin, pour les Ukrainiens, qui en paient le prix le plus lourd. Je vous entraîne donc avec moi, vous y verrez les lieux de cette guerre, les villes, les villages, les champs de bataille à travers mon regard, mes questions, les mots que je pose sur ce que nous entendons, voyons et vivons tout le long du front.
Vous y rencontrerez les civils que nous avons croisés, les enfants et les vieillards, les femmes et les hommes, et même les animaux – en particulier les chats. Vous verrez ce qu’ils subissent, comment ils s’adaptent, l’endurance dont ils font preuve, et c’est dur, et c’est triste, et c’est admirable. Je vous conduis aussi auprès des soldats, ceux qui se reposent, ceux qui combattent dans la « killing zone », là où ils s’enterrent, où ils tuent, sont blessés et tués.
Tout au long du front, il y a aussi de l’innocence, si fragile, si vulnérable et pourtant si magnifique et bouleversante. Je le savais avant, je le sais encore plus aujourd’hui, dans le chaos, là où l’esprit de destruction règne, l’innocence se manifeste aussi et sauve du désespoir et de l’anéantissement intérieur.
J’ai fait cette route avec deux personnes. Un Ukrainien, Rostislav Tsyre, notre « fixeur », qui avait la lourde de tâche de nous conduire, de s’occuper de la logistique et de nos relations avec les officiels. Et la photojournaliste belge Virginie Nguyen Hoang. En mémoire de sa consœur Camille Lepage, avec qui j’avais travaillé en Centrafrique en 2013 avant qu’elle y soit tuée le 12 mai 2014, j’avais proposé au service photo de La Croix L’Hebdo de faire signe à une photographe de sa génération. Leur choix s’est porté sur Virginie. Ce reportage est aussi son reportage.
Boules Quies pour ne pas être dérangé, sommeil léger, douche chaude et électricité au réveil avant la coupure attendue à 9 heures. Virginie semble reposée, Rost aussi. Il nous conduit dans le centre-ville, Virginie sort ses appareils, je m’immerge dans ce qui nous entoure. Je vois la circulation, les passants, les cafés nombreux, les commerçants, les banques, le froid et la neige, ce panneau « I love Soumy ». Tout semble normal mais rien ne l’est.
Sirène dans le ciel. L’alarme me rappelle instantanément le quotidien des habitants, la menace et le danger permanents, la peur qui ronge, goutte à goutte, les cœurs et les esprits. Et la stratégie des Russes. Ils lancent des attaques massives, régulières et sournoises de drones et de missiles sur les infrastructures électriques et énergétiques des Ukrainiens, leur rendant la vie de plus en plus impossible. Et ils frappent à l’aveugle leurs immeubles et leurs maisons, tuant, blessant, terrorisant. Ils les usent jusqu’à la corde, espèrent les contraindre à abandonner cette région qu’ils convoitent sans retenue. Comme ils le font sur toute la ligne du front.
Un magnifique soleil illumine ce quartier pris sous un froid polaire : – 13 °C. Dans la rue calme, je vois une enfant s’affairer sur un monticule de neige. Elle doit avoir 12 ans tout au plus. Emmitouflée dans un manteau d’hiver rose pâle, bonnet blanc sur la tête, longs cheveux sur les épaules, gants et seau à la main. Elle le remplit de neige comme si elle était seule au monde. Son geste est si éloigné de la gravité et de la pesanteur du lieu. Que fait-elle là ?
Emmitouflée dans son manteau rose pâle, cette jeune fille ramasse de la neige pour que son chat puisse jouer avec dans son appartement, à Soumy, le 13 janvier 2026. Virginie NGUYEN HOANG pour La Croix L’Hebdo
Enseigner sous terreÀ quelques mètres, je vois un policier en armes, il surveille l’entrée d’un abri, « un point d’invincibilité », soit un sous-sol aménagé pour y accueillir les habitants du quartier en cas de bombardements. La ville en compte une centaine. J’y entre, deux grandes salles repeintes à neuf, des tables et des chaises, des lits de camp, des médicaments, un générateur, des provisions, de l’eau, des prises électriques pour recharger ses téléphones, une salle de classe vide. Les élèves des écoles environnantes y viennent à tour de rôle pour suivre des cours en présentiel, se sortir des leçons en ligne et de l’isolement auquel cette guerre les condamne à l’âge des premières grandes amitiés.
En raison de la météo polaire, les élèves de l’école n° 23 qui auraient dû en bénéficier ce matin ne sont pas venus, à la demande de l’administration éducative. Deux professeures sont assises à une table, manteau et couverture sur le dos. Elles assurent leurs cours en ligne grâce au générateur électrique de l’abri, échappant aux coupures chez elles. « Ce qui a changé avec la guerre ? Tout », m’explique Natalia, professeure de géographie. « Je suis toujours tendue, jamais tranquille. » Une de ses élèves, Sophie, 16 ans, derrière son écran, ajoute : « C’est très difficile de vivre toujours sous les bombardements. Je n’arrive pas à me concentrer. J’attends avec impatience de retourner dans mon école, je souhaite aux Français de mon âge de ne jamais savoir ce que c’est que la guerre. »
Natalia, professeure de géographie à l'école n°23 de Soumy, aménagée dans un souterrain qui sert également d’abri en cas d’attaque. Virginie NGUYEN HOANG pour La Croix L’Hebdo
À l’extérieur, l’enfant tasse la neige au fond de son seau, affairée. Un peu plus loin, dans un bâtiment secret, l’administrateur de la région, Oleg Hryhorov, passe en coup de vent. Il court de rendez-vous en réunion, portant le poids de sa région comme une croix qui le congèle de l’intérieur. Il doit faire face à trois problèmes urgents. Les attaques venues du ciel, elles ne cessent d’augmenter, il en a compté plus de 500 juste pour les deux premières semaines de janvier. Il doit s’occuper des déplacés, 50 000 dont 8 000 enfants, et évacuer les villages de la ligne de front : il en est à 213, à ce jour. Et l’urgence prioritaire, sécuriser l’acheminement de l’électricité pour assurer les besoins vitaux comme le chauffage en cette période de grand froid.
Il ne craint pas les négociations de paix sous le patronage de Donald Trump. Et si Kiev était contraint par Washington d’abandonner Soumy aux Russes ? Le gouverneur élude le sujet. Craint-il pour sa vie ? Il est une cible pour les Russes, il a échappé à plusieurs frappes déjà. Et pour sa famille ? Il vacille sans répondre. Il n’est pas là pour s’épancher. J’entends à nouveau une sirène, un nouveau drone d’attaque se dirige vers Soumy, ou peut-être un missile, ce n’est pas clair.
Sophie, 16 ans, lycéenne« C’est très difficile de vivre toujours sous les bombardements. Je n’arrive pas à me concentrer pour étudier. »
Encore un peu plus loin, les fenêtres de l’université d’État sont protégées par des panneaux de contreplaqué. Son directeur est là, Vasyl Karpusha, 62 ans, les traits tirés. Pas d’étudiants dans les couloirs, ni dans les amphis, ni dans les salles de cours. Le bâtiment non chauffé est désespérément vide, comme un vaisseau fantôme figé dans la glace. Le lieu est exposé, il a déjà été frappé par des missiles, l’un a explosé devant l’entrée, un autre a touché une aile.
Pourtant, au pied d’un escalier, derrière une porte, je croise un étudiant dans un laboratoire : Alexandre, 26 ans. Il travaille sur des composants électriques pour les panneaux solaires et doit mener sur place des expériences. Les bombardements, les missiles, les drones, il y pense en venant ici, mais cela ne l’arrête pas. Encore quelques mois, il soutiendra sa thèse et deviendra docteur : « Rien de plus important pour moi. » Et après ? « Je serai peut-être mobilisé ! »
Le discret repos des soldatsÀ la périphérie de la ville, les premières positions de l’infanterie ukrainienne. Qui sont ces soldats ? Que font-ils face aux Russes ? Un officier presse de l’armée ukrainienne, indispensable pour aller les rencontrer, me conduit à quelques kilomètres de Soumy à l’une de leurs positions, où ils se reposent. Un soldat, à la guerre, ça se repose aussi, c’est même essentiel, pour tenir le front. Nous arrivons dans un sous-bois, je vois des blindés camouflés sous les arbres, des soldats en train de fumer à couvert, un autre qui coupe du bois sans bruit. La règle, ici – et en réalité, sur toute la ligne de front –, rester discret, toujours, et ne jamais se croire en sécurité. Rien de plus dangereux que de le penser. Les dronistes russes recherchent ces lieux de repos – où les soldats sont moins disséminés qu’en première ligne et moins aux aguets – pour les pulvériser.
L’officier nous présente Sweden, Briquet et Le Chat, les noms de guerre que ces fantassins du 2e bataillon de la 71e brigade se donnent. Ils nous invitent à entrer dans leur abri creusé sous ce bois. Une toile se lève et nous pénétrons dans leur trou où se trouvent leurs lits. Ils ont 44, 49 et 35 ans, étaient des ouvriers avant d’être mobilisés, l’année dernière.
De gauche à droite : Sweden, Briquet et Le Chat, dans leur base arrière de la région de Soumy, le 13 janvier 2026. Ces soldats de la 71e brigade sont chargés de tenir les positions sur le front. Virginie NGUYEN HOANG pour La Croix L’Hebdo
Ils sont plutôt sympas, contents d’avoir une visite, me proposent une cigarette, un café ou un thé. Ils m’expliquent défendre Soumy depuis le mois de mai 2025. Lorsqu’ils sont envoyés dans la « killing zone » – le nom donné au front qui s’étend désormais, en raison de la portée des drones, sur une vingtaine de kilomètres de largeur –, ils occupent, dans le meilleur des cas, un sous-sol d’une maison abandonnée. Ou un trou creusé dans la terre à plusieurs mètres de profondeur, l’entrée cachée aux regards indiscrets, comme cet abri.
Ils doivent tenir leur position, surveiller et corriger le feu de l’artillerie, avec pour seules armes une kalachnikov 74 et des grenades. Ils entendent le bourdonnement des drones russes, tout le temps, surtout le jour. Quand ceux-ci les attaquent, les trois soldats se terrent dans leur trou ou leur cave. Ils ne cherchent pas à en sortir, et encore moins à les éliminer, ils comptent sur leurs dronistes pour ça et sur une unité spéciale déployée au sol, les « shooters de drones », des soldats aux nerfs d’acier qui les traquent et les tirent au fusil-mitrailleur.
Briquet, soldat de la 71e brigade« Nous n’avons pas vu de soldats russes vivants, nos drones les tuent avant qu’ils approchent de nous. »
Et les Russes ? Ils les appellent les « Orques », comme dans Le Seigneur des Anneaux ou, me disent-ils en riant, les « Pédales ». « Nous n’en avons pas vu de vivants, nos drones les tuent avant qu’ils approchent de nous », dit Briquet.« Les seuls que j’ai vus, outre quelques prisonniers, étaient déjà morts, ajoute Sweden, deux à côté de notre position, et une demi-douzaine, un peu plus loin. Leurs cadavres gisent depuis des semaines. »
En première ligne, ils sont ravitaillés grâce aux drones, dorment peu, utilisent l’eau de la pluie et de la neige pour leur consommation et pour se laver. Sweden y est resté 107 jours d’affilée avant de venir ici, Briquet, 100, et Le Chat, 86. Ils sourient en me disant cela. Ici, ils passent leur temps à se soigner, fumer, reprendre des forces, discuter, s’entraîner, communiquer avec leur famille, regarder des films – « pas de guerre, on sait trop ce que c’est », précise Sweden –, en attendant l’ordre de repartir en première ligne. Quand ? Peut-être cette nuit, ou la nuit prochaine, ils le sauront à la dernière minute.
Par drones interposésIl y a les soldats qui se reposent à Soumy comme Sweden, Briquet et Le Chat. Et ceux qui combattent. Le jour tombant, dans une maison indifférenciée d’un village peu habité, à une quinzaine de kilomètres de la ligne de front, l’officier presse nous introduit dans le poste de commandement d’un bataillon de drones de la 71e brigade.
Deux pièces, les fenêtres recouvertes de couvertures, bâches, drapeaux, étendards militaires, rideaux occultants, la guerre y est conduite en direct devant les images transmises par les drones de reconnaissance sur des écrans plasma. Je comprends que trois soldats russes viennent d’être localisés à 13 km de notre position. Je les vois parfaitement à l’écran marcher dans la neige, l’un derrière l’autre. Un drone d’attaque s’approche d’eux, explosion sur l’écran. Un soldat au sol, blessé.
Le Pétroleur (à gauche), adjoint au commandant d’un bataillon de drones de la 71e brigade, observe les écrans où sont retransmises les images des dronistes près de la ligne de front, dans la région de Soumy, le 13 janvier 2026. Virginie NGUYEN HOANG pour La Croix L’Hebdo
J’entends le Pétroleur, le nom de guerre de l’officier responsable de ce poste de dronistes, 32 ans, dire : « Faut en finir, envoie un Vampire (un drone de combat qui peut larguer des explosifs, NDLR). » Chose faite devant nous, devant moi, silencieux. Je ressens un tremblement intérieur, un vertige glacé, comme toujours dans ces cas-là, même si au fil de mes reportages, je m’y accoutume.
Dans le civil, le Pétroleur travaillait dans l’industrie des hydrocarbures, d’où son surnom. Il est entré dans l’armée comme volontaire, en 2022. Son unité protège et ravitaille les soldats comme Sweden, Briquet et Le Chat. « Notre mission est de détecter et tuer les Russes dès qu’on peut », me dit-il calmement. Derrière lui, sur un écran, un soldat sort d’un trou, il enjambe des branches. Il ne le sait pas encore, mais il est déjà mort.
Dans le centre-ville de Soumy, l’enfant s’est relevée de son parterre, son seau rempli de neige, des flocons accrochés à son pantalon, je m’approche d’elle, lui demande pourquoi elle fait cela. « Mais c’est pour mon chat, pour qu’il puisse jouer avec la neige »,me répond-elle, en me souriant, comme une évidence.Impossible de l’oublier.