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Date de création : 30.11.2013
Dernière mise à jour : 21.02.2026
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NEPENETREPAS

Publié le 21/02/2026 à 10:51 par papilacabane Tags : sur base place chez article maison travail centre fille heureux demain bleu carte

« Que le diable ne pénètre pas mon âme » : à Zaporijjia, chanter sous les bombes

Série (8/9)Reportage

Article réservé à nos abonnés. La troupe de théâtre de Zaporijjia rassemblée pour chanter l’hymne national ukrainien et célébrer l’Acte d’unification, le 22 janvier 2026.

La troupe de théâtre de Zaporijjia rassemblée pour chanter l’hymne national ukrainien et célébrer l’Acte d’unification, le 22 janvier 2026. Virginie NGUYEN HOANG pour La Croix L’Hebdo

Quatre ans après le début de la guerre en Ukraine, le 24 février 2022, notre reporter a longé les 1 300 km de la ligne de front. À Zaporijjia, les équipements de la centrale nucléaire, occupée par les Russes, se dégradent. Sous le vrombissement des drones, les habitants chantent d’une même voix, en résistance.

Série9 épisodes

Ukraine, vivre près du front

Le parcours de notre reporter (en bleu) en Ukraine, de Soumy, au nord, à Kherson, au sud, le long des 1 300 km de la ligne de front (carte arrêtée au 17 février).

Le parcours de notre reporter (en bleu) en Ukraine, de Soumy, au nord, à Kherson, au sud, le long des 1 300 km de la ligne de front (carte arrêtée au 17 février). Paul Coulbois pour La Croix L’Hebdo

Où est tombé ce drone ? Dans un quartier résidentiel. Nous y allons. Un croisement, des voitures de pompiers, un tracteur qui déblaie une toiture effondrée, des électriciens qui remontent des poteaux électriques. Ce matin, le maire en exil d’Enerhodar, Dmytro Orlov, 40 ans, m’a mis en garde. La centrale nucléaire de Zaporijjia, abritée sur sa commune, court un risque élevé d’accident nucléaire majeur. Un cauchemar éveillé.

Nous nous approchons, les secouristes nous apprennent qu’un couple a été tué dans sa voiture par l’explosion du drone. La carcasse tordue et carbonisée du véhicule est devant nous. C’est affreux. Deux vies emportées par la froide et la totale détermination russe à soumettre toute cette région à son seul désir et à son seul vouloir.

La centrale nucléaire, cœur névralgique des tensions

Dmytro Orlov connaît bien la centrale. Ingénieur, il a été affecté à ses turbines. À l’arrêt depuis que les Russes l’occupent, la centrale ne va pas exploser, pense-t-il. Elle est, en revanche, de plus en plus vulnérable et fragilisée par manque, d’abord, de personnel compétent. La plupart ont fui l’occupation russe et n’ont pas été sérieusement remplacés.

Dans la maison voisine de ce couple sacrifié aux ambitions de Vladimir Poutine, Alexandre, 55 ans, fumait sa cigarette sur le pas de sa porte. Il n’a pas été blessé, une chance inouïe.

Des ouvriers municipaux de Zaporijjia déblaient les débris causés par une frappe de drone russe meurtrière, le 21 janvier 2026.

Des ouvriers municipaux de Zaporijjia déblaient les débris causés par une frappe de drone russe meurtrière, le 21 janvier 2026. Virginie NGUYEN HOANG pour La Croix L’Hebdo

Dans le centre-ville, comédiens, auteurs, musiciens, costumières se retrouvent devant le théâtre pour chanter d’une voix forte l’hymne national ukrainien. Ils le font pour célébrer l’unité du pays et manifester leur esprit de résistance contre les attaques russes : « Ni la gloire ni la liberté ne sont mortes en Ukraine. La chance nous sourira encore, jeunes frères, nos ennemis périront, comme la rosée au soleil, et nous aussi, frères, vivrons heureux dans notre pays. »

Dans le quartier résidentiel, Alexandre est encore sous le choc. Il connaissait bien ce couple. Ils avaient une quarantaine d’années, et une fille, Lilia, 12 ans. « Elle était chez ses grands-parents lorsque le Shahed est tombé », me dit-il. Ce drone en a fait une orpheline, en un instant.

Les équipements de la centrale se dégradent, poursuit Orlov. La plupart des pièces nécessaires pour son entretien sont produites en Europe, donc elles ne sont pas remplacées. La présence d’une base militaire, avec armes et munitions en son sein, accroît le risque d’un accident. D’autant que les Russes y ont installé des batteries d’artillerie qui pilonnent les défenses ukrainiennes.

Esprit de résistance

Dans un café, Vlada, une serveuse de 18 ans me dit qu’elle y vient en tremblant, qu’elle vit avec sa mère, que son père a été mobilisé à 58 ans, il y a un an et demi. Elle l’a vu trois fois depuis. Blessé, il continue à servir dans l’armée. « Je ne peux vivre que le jour présent. »La troupe du théâtre de Zaporijjia chante à pleins poumons : « Pour notre liberté, nous n’épargnerons ni nos âmes, ni nos corps, et prouverons, frères, que nous sommes de la lignée des Cosaques. »

« Je ne peux vivre que le jour présent. »
Vlada, 18 ans, serveuse

Alexandre se fige, les secouristes aussi, ils lèvent la tête au ciel, le scrutent, on entend le vrombissement d’un drone, nous reculons, certains sautent dans leur voiture et s’éloignent précipitamment, d’autres enfilent leur gilet pare-balles et se tiennent à une distance raisonnable de la rue frappée hier soir. Le vrombissement s’éloigne, les secouristes reprennent leur travail. Depuis le bombardement du barrage de Kakhovka, en 2023, l’eau peut manquer pour refroidir les réacteurs, ajoute le maire en exil d’Enerhodar.

Rassemblement devant le théâtre Volodymyr-Magar à Zaporijjia, le 22 janvier 2026.

Rassemblement devant le théâtre Volodymyr-Magar à Zaporijjia, le 22 janvier 2026. Virginie NGUYEN HOANG pour La Croix L’Hebdo

Une autre jeune fille dans un autre commerce me raconte que près d’ici, en 2024, une bombe a frappé une maison, tuant l’une de ses collègues et son mari. Son fiancé est soldat, elle ne supporte plus les bombardements, les sirènes, le danger permanent. Ce matin, malgré son effroi, cette jeune fiancée est tout de même venue travailler, tout comme Vlada, dans son café, tout comme les secouristes, qui continuent à éteindre les incendies et à sauver les sinistrés, et les agents de la voirie, à déblayer les gravats des sites bombardés.

Orlov me dit une dernière chose. La place et le sort de cette centrale sont au cœur des négociations sur le cessez-le-feu en Ukraine. Kiev voudrait en récupérer le contrôle et en garantir la sécurité. Ce n’est pas la position de Moscou qui veut la garder sous son autorité. Cette centrale est une carte maîtresse dans la main de Vladimir Poutine qu’il utilise pour faire plier ses adversaires.

Les Églises chrétiennes ukrainiennes divisées

Encore le vrombissement d’un drone dans le ciel de Zaporijjia. Pistolet pointé sur leur tempe, Poutine joue à la roulette russe avec les Ukrainiens à coups de bombes planantes. Je vais en discuter avec un prêtre de l’Église orthodoxe ukrainienne (1), accusée par Kiev d’être toujours pro-russe, à la cathédrale de la Sainte-Intercession. Rost a pu caler ce rendez-vous avec le père Igor, un professeur de théologie.

« Je ne veux pas faire de commentaire politique. Mais pour nous, la Russie a envahi l’Ukraine, notre métropolite, Onufrij, s’est séparé de Moscou en 2022. Le jugement négatif que certains portent sur nous est une fabrication artificielle »,m’expose le père Igor.La troupe de théâtre a fini sa manifestation. Un cri, repris par tous : « Gloire à l’Ukraine. Gloire aux héros. Morts aux ennemis. »

Aucun prêtre, pasteur, religieux et fidèle des autres Églises chrétiennes que j’ai croisés depuis Soumy ne fait confiance aux prises de position publiques de l’Église orthodoxe ukrainienne. La division, pour ne pas dire la rupture, est profonde, et, je le sens, définitive. « Nos familles, nos maisons sont aussi détruites par cette guerre. J’ai aussi peur des bombardements qui frappent Zaporijjia », s’indigne le père Igor. « Que dites-vous intérieurement quand les drones russes s’abattent sur la ville ? » Il me répond : « Que le diable ne pénètre pas mon âme. »

Rost conduit comme si de rien n’était. Direction Mykolaïv, à 324 km de Zaporijjia, pour y faire étape avant de rejoindre demain matin Kherson, la ville la plus méridionale du front.

(1) L’Église orthodoxe ukrainienne est historiquement liée au patriarcat de Moscou. Elle est dirigée par le métropolite Onuphre. Le 27 mai 2022, elle a proclamé son indépendance, sans rompre toutefois avec tous les liens qui l’unissent à Moscou. Elle compte 10 000 paroisses.